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Dictées d'évaluation

  • Dictée 1 | Orthographe lexicale et grammaticale

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  • Dictée 2 | Accords et conjugaison

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Dictées de synthèse

  • Dictée 3 | Orthographe lexicale

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  • Dictée 4 | Orthographe grammaticale

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  • Dictée 5 | Accords en genre et en nombre

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  • Dictée 6 | Conjugaison et accord des verbes

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Dictées de réinvestissement

  • Dictée 7 | Les insectes

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  • Dictée 9 | Le Talisman de Nergal

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  • Dictée 10 | Lygaya, l'enfant esclave

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  • Dictée 11 | Pirates 1. L'Île de la Licorne

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  • Dictée 12 | Hush ! Hush !

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  • Dictée 13 | Hélène de Champlain 1. Manchon et dentelle

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  • Dictée 14 | À l'ombre du clocher 1. Les années folles

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  • Dictée 15 | Les Templiers du Nouveau Monde

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Annexe

Orthographe lexicale et grammaticale

Ma grand-mère Élisa a vécu toute sa vie dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve dont elle ne franchissait les frontières qu’en cas d’absolue nécessité. Elle répétait sans cesse : « On est si bien chez soi. » Mes parents auraient aimé qu’elle passe une partie de l’été avec nous soit au chalet, soit dans notre maison de Granby. Mais mamie considérait qu’elle faisait un long parcours dès qu’elle prenait le métro ! Si elle se rendait de la station Viau à la station Mont-Royal, elle s’en émerveillait pendant une semaine entière ! Bien qu’ils soient peinés de son entêtement à rester à Montréal, mes parents étaient rassurés de voir qu’Élisa était si énergique.

Les meilleures amies d’Élisa, les soeurs Deschamps, logeaient dans un grand appartement. Ma grand-mère leur rendait fréquemment visite. Les trois complices cuisinaient au cours de leurs après-midi passés ensemble. Leurs soupes et leurs galettes à l’avoine étaient délicieuses. L’été, elles concoctaient des tartes avec des framboises fraîchement cueillies. Quel régal ! Quand je me rappelle ces années de mon enfance, je sens encore l’odeur du chocolat chaud parfumé à la cannelle que les deux soeurs me préparaient lorsque j’allais chez elles, accompagnée de mamie. On m’y recevait comme une princesse. La vie m’apparaissait alors sans aucun souci !

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© 2009 Marcel Didier inc. – Reproduction interdite

 

Accords et conjugaison

Désespéré, le comte Daveneau fit venir une paysanne réputée pour ses pouvoirs magiques afin d’exorciser sa fille qu’il croyait tout entière possédée par Satan. Lorsque la vieille femme pénétra dans la chambre de la malade presque agonisante, le comte, qui avait pourtant croisé de nombreux individus effrayants au cours de toutes les campagnes militaires qu’il avait menées, fut parcouru de frissons. Quant aux joues de sa femme, elles devinrent cramoisies. Tous deux avaient l’air d’être tombés dans le pire des coupe-gorge [coupe-gorges]1 !

La paysanne n’y fit guère attention. Ces nobles étaient tous les mêmes ! Bien que ceux-ci l’aient suppliée de porter secours à leur enfant, jamais ils ne lui manifesteraient une demi-once de sympathie. Elle se pencha à demi sur les cheveux de la jeune fille alitée pour la sentir. Elle se releva et sembla encore plus terrifiante lorsque son ombre, éclairée par les lampes à huile que l’on avait déposées sur la table de nuit, se projeta sur le mur. Cette ombre gris foncé avait une forme mi-animale, mi-humaine. Avec ses jambes déformées par l’âge, son torse amaigri par les privations et sa chevelure en broussaille rousse, on aurait dit qu’elle faisait partie de la famille des loups-garous ! Ses yeux topaze semi-clos en faisaient même un véritable fauve aux yeux des bien-pensants.

1. On donne entre crochets le pluriel rectifié du nom composé coupe-gorge. Les deux orthographes, traditionnelle et nouvelle, sont acceptées.

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Orthographe lexicale

En entrant dans la pièce, l’inconnu le dévisagea. Voyant cela, le vieillard pria l’homme de s’asseoir et fit signe à l’enfant de servir le thé. Enfin, le vieil homme rompit le premier le silence :

— On me dit que tu veux me voir et que tu viens de loin. Que veux-tu ?

— Je suis capitaine d’un navire négrier. Je cherche des esclaves. On m’a dit que tu en avais à vendre.

— Qui t’a dit cela ?

— Un père trinitaire qui vit à El Djazaïr depuis trois mois. Il rachète des esclaves blancs.

— Oui, effectivement, il est déjà venu me voir. Mais tu es mal informé, je ne vends pas d’esclaves. Vers quels pays navigues-tu ?

— L’Amérique. Les Caraïbes…

Geoffroy, toujours debout près de son maître, semblait ne prendre aucun intérêt à la conversation. Lorsqu’il entendit prononcer le mot « Caraïbes », son regard s’agrandit. Il se sentit un instant défaillir. L’homme aux cheveux gris s’en aperçut mais ne sourcilla pas. Il continua de parler avec son hôte, comme s’il n’avait pas remarqué le trouble du jeune homme.

— On m’a dit aussi que tu as deux esclaves européens, ajouta-t-il.

— On t’a dit beaucoup de choses sur mon compte. Que veux-tu savoir d’autre ?

— As-tu acheté deux jeunes Européens ?

Andrée-Paule Mignot, Lygaya, l’enfant esclave, Éditions Hurtubise, 2006.

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Orthographe grammaticale

Zanny ne le croyait pas. On n’entre pas dans la maison de quelqu’un pour la mettre sens dessus dessous sans avoir la moindre idée de ce qu’on cherche !

— Je vous conseille de me dire ce que vous cherchez. Sinon, j’appelle la police pour leur dire que je vous ai surpris en train d’entrer par effraction !

L’agent Wiley eut un sourire indulgent.

— Tu ne peux pas appeler les flics, Zanny. Les flics, c’est moi. Écoute, je sais que c’est ta maison. Mais j’ai un travail à faire. Et le meilleur conseil que je peux te donner, c’est de me laisser le faire.

Zanny tremblait de rage et de peur. Elle voulait qu’il s’en aille. Mais surtout, elle voulait des réponses à ses questions.

— Qu’est-ce que vous cherchez ici ? Sur quoi enquêtez-vous ?

— Il s’agit d’une enquête fédérale confidentielle. Je n’ai pas à te révéler quoi que ce soit. Mais je vais te le dire, Zanny, parce que j’estime que tu as le droit de savoir.

Son consentement subit la prit par surprise. Tout à coup, elle n’était plus sûre de vouloir en savoir plus.

— Ça ne t’a jamais frappée, demanda-t-il, tous ces déménagements avec ton père pendant toutes ces années ? Je parie que vous avez changé si souvent de place que tu ne te souviens même pas de toutes.

Zanny resta muette. Wiley hocha la tête.

— Je parie aussi que ton père ne se faisait pas beaucoup d’amis, reprit-il. Et quand toi, tu t’en faisais, je parie qu’il leur posait un millier de questions. Je me trompe ?

Zanny essayait de paraître indifférente. Ce n’était pas facile.

Norah McClintock, Double meurtre, « Fausse identité », Éditions Hurtubise, 2008.

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Accords en genre et en nombre

Chaque fois que je pénètre dans ce magasin qui vend du matériel pour artistes, je me dis que je devrais faire demi-tour. Je ne peux en effet résister à la tentation de tout acheter. J’entre là pour me procurer des toiles et des pinceaux et j’en sors avec une boîte de pastels semi-tendres et des encres à dessin sanguines, or et bleu outremer. Chaque section de ce magasin est un appel à dépenser… Toutes ces perles multicolores et semi-précieuses, tous ces papiers de riz jaune vif, verts ou crème, même ces ensembles de calligraphie, ces articles me tentent tous désespérément ! J’aime aussi rêver, les yeux mi-clos, dans la section du scrapbooking. Cet art si populaire est à l’origine de véritables petits chefs-d’oeuvre qui témoignent des moments importants de la vie des gens. De tous ces petits riens ou ces grandes occasions qui forgent les plus beaux souvenirs. J’ai même commencé un album qui raconte nos dernières vacances. Mon mari, les enfants et moi avions loué un chalet au bord de la mer. C’était fabuleux ! Alors que nous dégustions tantôt des cafés-crème, tantôt des eaux-de-vie sur la terrasse, nos enfants, Simon et Chloé, jouaient sur la plage. Ils faisaient d’innombrables va-et-vient pour nous montrer leurs trouvailles : des demi-douzaines de coquillages nacrés, des éclats de verre polis par l’onde et les mêmes algues que l’on retrouve un peu partout sur le littoral. Nous leur avions acheté deux beaux cerfs-volants avec lesquels ils se sont beaucoup amusés.

— Excusez-moi, madame…

Oups ! Je bloque le passage à une employée qui tire un lourd chariot à demi rempli de boîtes. Me voici revenue à la réalité, ici même à Montréal. Mais ce n’est pas du tout grave, car j’ai beaucoup d’autres allées à parcourir…

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Conjugaison et accord des verbes

La salle de traite est pleine à craquer. Au cours de l’après-midi, Sam et moi avons fait de la place en rangeant toute la marchandise le long des murs, dans les coins et en un îlot au centre. À cette période de l’année, le comptoir est rempli de produits de toutes sortes.

Ce soir, il y a des Anishnabés assis sur des sacs de farine Robin Hood, des poches de jute remplies de haricots secs, des « quarts » de lard salé, des chaudières en tôle de pommes sèches, des caisses de lait Carnation. Mais la majorité d’entre eux a choisi de s’adosser le plus confortablement possible contre le mur, assis à plat sur le plancher fait de grosses planches équarries. Il y a tellement de jambes croisées et allongées qu’il est pratiquement impossible de traverser la salle d’un bout à l’autre sans écraser quelqu’un ou trébucher. Les personnes âgées sont assises sur des bûches que nous avons placées en avant, expressément pour elles. De toute façon, une fois que chacun a trouvé une place à son goût, il l’occupe pour la soirée et ne bouge plus.

Michel Noël, Hush ! Hush !, Éditions Hurtubise, 2006.

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Les insectes

Dans la vie urbaine d’aujourd’hui, nos contacts avec les insectes se raréfient de plus en plus. À part les quelques espèces qui persistent à cohabiter avec nous, les insectes n’ont plus de réalité pour la plupart d’entre nous.

Il n’en fut pas toujours ainsi et les sentiments entretenus par les humains à leur égard ont beaucoup varié à travers les âges et les lieux, selon l’insecte en cause bien sûr, mais surtout selon le contexte culturel d’où émanait l’interprétation qu’on s’en faisait. La réaction a pu osciller entre la peur et la répugnance en allant jusqu’à l’admiration attendrie ou extatique et même jusqu’à la vénération.

En grande part, les mythes, légendes, cultes et croyances populaires tendent à rattacher les insectes à « un autre monde » plus qu’au nôtre. Les insectes qui ont attiré l’attention pour les raisons les plus diverses ont souvent laissé l’observateur surpris ou médusé devant cette présence étrange, mystérieuse et « apparitionnelle » qu’est un grand papillon de nuit posé sous un lampadaire ou une cicindèle iridescente brillant de tous ses bleus et ses verts métalliques au milieu d’un sentier caillouteux, ou encore un sphinx vrombissant à la tombée du jour parmi les fleurs du lilas et… aussitôt disparu.

Étranges et étrangers sont les insectes ! Peut-être parce qu’ils sont loin de nous par constitution.

Mystérieux aussi parce qu’ils savent être là sans être vus, en prenant astucieusement la forme et la couleur de feuilles vertes ou brunies, d’écorce recroquevillée ou de brindilles cassées, parce qu’ils savent apparaître ou disparaître d’un bond ou d’un coup d’ailes, surgis de nulle part et repartis aussi vite là d’où ils venaient…

Jacques de Tonnancour, Les insectes. Monstres ou splendeurs cachées, Éditions Hurtubise, 2002.

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Le Talisman de Nergal

Le soleil plombait et une odeur de sueur, d’épices, de parfum et de crasse flottait sur la foule. Le son des flûtes et des tambourins annonça bientôt l’approche de la procession. Cent cinquante musiciens avançaient au rythme d’un air enjoué. Ils furent suivis de régiments entiers de soldats représentant les quatre coins de l’Empire babylonien, des frontières de l’Égypte à celles de l’Anatolie et de la Perse. Pour la circonstance, ils avaient revêtu leurs uniformes d’apparat et leurs armes soigneusement astiquées reflétaient les rayons de Shamash. Malgré la chaleur de plus en plus étouffante et la poussière qu’ils soulevaient, ils maintenaient une vigoureuse cadence. Des centaines de danseuses leur succédèrent. Vêtues de tuniques colorées et agitant des foulards diaphanes, elles tournoyaient joyeusement en progressant vers le temple d’Ishtar.

La procession prit une tournure plus solennelle. Pendant que les musiciens, les soldats et les danseuses se disposaient en rangs devant le temple, des centaines de jeunes filles s’avancèrent sur la Voie Sacrée. Manaïl les observa avec ravissement. L’air détaché et grave, elles regardaient droit devant elles, répandant des pétales de fleurs qu’elles puisaient dans un panier d’osier comme Ishtar distribuait l’amour et la fertilité. Vêtues de tuniques blanches qui leur descendaient jusqu’aux pieds et traînaient sur deux coudées à l’arrière, elles étaient toutes d’une rare beauté. Ces jeunes vierges avaient été consacrées au culte de la déesse. Elles deviendraient un jour des prêtresses. Cloîtrées dans le temple, elles n’en sortaient qu’en de rares occasions.

Hervé Gagnon, Le Talisman de Nergal 1. L’Élu de Babylone, Éditions Hurtubise, 2008.

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Lygaya, l’enfant esclave

Le bateau navigua durant plusieurs semaines qui furent un enfer pour les passagers enchaînés les uns aux autres. Dans l’obscurité la plus totale, aucun d’eux ne pouvait se déplacer et une forte odeur d’urine, d’excrément et de sueur avait envahi la cale du navire.

Un soir, alors que les prisonniers somnolaient, un bruit infernal résonna à travers la coque du navire. Les enfants sursautèrent.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Lygaya.

— Je reconnais le bruit de l’ancre. Nous sommes arrivés ! répondit le petit mousse, au courant de tout ce qui concernait les manoeuvres du bateau.

— Où sommes-nous ? demanda Geoffroy.

— Sans doute à El Djazaïr, répondit Lygaya.

— Alors, nous sommes perdus, dit le petit mousse.

— Pourquoi perdus ? demanda Pierre.

— Parce que si nous sommes à El Djazaïr, nous allons être vendus comme esclaves.

Ils passèrent la nuit dans l’attente, anxieux de ce qui pouvait leur arriver.

Vers six heures du matin, la porte de la cale s’ouvrit sur cinq corsaires barbaresques, armés de sabres et de fouets.

Les prisonniers furent rassemblés sur le pont, puis alignés côte à côte. Deux marins étaient chargés de remplir des seaux d’eau de mer, alors qu’un troisième avait reçu l’ordre d’asperger les captifs pour les nettoyer de la crasse accumulée durant le voyage.

Au loin, la ville d’El Djazaïr dominait la rade où une multitude de navires étaient ancrés.

Andrée-Paule Mignot, Lygaya, l’enfant esclave, Éditions Hurtubise, 2006.

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Pirates 1. L’Île de la Licorne

Chez la quarantaine d’adultes qui forment le gros de l’équipage, on retrouve des aventuriers venus de tous les coins de la France, de l’Italie, de la Grèce, de l’Espagne même, enrôlés au gré des raids, convertis à la piraterie après avoir déserté une marine régulière ou avoir commis un crime dans la vie civile. Parmi les Espagnols, il y a un certain Pedro, un Catalan qui s’entend avec Alfonso, un Galicien, comme larrons en foire. Pour ces deux forbans, aborder un galion du royaume de Castille ou d’Aragon et massacrer son équipage n’est en rien un crime antipatriotique ; leur pays, c’est la mer, et leur allégeance va au capitaine qui leur offre les meilleurs gages. Voilà. Et cette mentalité se retrouve également chez leurs compagnons des autres nationalités. La haine, donc, que toute cette compagnie entretient à l’égard des colons et des marchands espagnols ne provient pas d’un excès de nationalisme ou d’une répugnance vis-à-vis de leur façon de traiter les Indiens. Ils haïssent les Espagnols parce que ce sont eux qui détiennent les richesses du Nouveau Monde. S’ils pouvaient leur arracher toutes leurs possessions pour les exploiter à leur place, au détriment toujours des populations de Naturels, ils le feraient. Si, au hasard de nos traversées, nous croisions un vaisseau portugais, anglais ou français soupçonné de transporter des richesses, ils l’attaqueraient aussi. Le pirate n’est pas né pour l’altruisme, mais pour piller et détruire, voler et tuer.

Camille Bouchard, Pirates 1. L’Île de la Licorne, Éditions Hurtubise, 2008.

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Hush ! Hush !

Monsieur Saint-Amour a fait des calculs. Selon lui, un chien en santé peut aisément transporter sur son dos l’équivalent de son poids, soit environ soixante livres. Sur un bon traîneau aux « lisses » polies, il peut tirer une charge de cent livres pendant plusieurs heures sans s’épuiser. Avec ses treize chiens, monsieur Saint-Amour pourrait traîner plus d’une demi-tonne de marchandises. C’est ce que font les prospecteurs, les arpenteurs, même qu’ils en mettent encore plus sur le dos des chiens. Mais ce n’est pas ce qui intéresse monsieur Saint-Amour. L’homme aime voyager léger, transportant le strict nécessaire à sa survie et à sa subsistance. Ce qui le passionne, c’est la rapidité. Il adore la vitesse !

Sur la glace de l’immense réservoir Cabonga, le watchman s’est tracé, juste en amont du barrage, une piste en boucle de cinq milles. Tous les matins, beau temps mauvais temps, il lance ses chiens à toute allure et se chronomètre sur sa montre-bracelet.

Tous les quinze jours ou à peu près, monsieur Saint-Amour entreprend un aller-retour de sa petite cabane de watchman, isolée dans l’immense forêt, jusqu’au poste de la H.B.C.

On n’a pas le temps de s’ennuyer sur la piste. Il faut être aux aguets, flairer le vent, surveiller les nuages, prévoir les tempêtes, déjouer la poudrerie. On a du plaisir à crier aux chiens. On fait une équipe unie, solide, au point d’oublier les engelures aux pieds et aux mains, les muscles endoloris.

Courir et courir sans cesse, sans penser à autre chose, c’est devenir vent, poudrerie et chien de traîneau nous aussi.

Michel Noël, Hush ! Hush !, Éditions Hurtubise, 2006.

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Hélène de Champlain 1. Manchon et dentelle

Je n’eus d’autre choix que de supplier mon père de m’accorder le privilège de l’accompagner au Louvre où il officiait tous les matins. Ma requête le surprit et l’embarrassa. Il n’était pas de mise qu’une dame déambule seule dans les couloirs du palais. Mon insistance vint à bout de son scrupule.

— Soyez brève et discrète : les visiteurs ne sont pas les bienvenus aux ateliers du Roi. Nous demanderons à Paul de vous attendre du côté de la rue d’Autriche. Quand vous en aurez terminé, il vous raccompagnera.

Les carillons des cent églises de Paris sonnaient les sept heures lorsque nous franchîmes les ponts-levis donnant accès au palais. Nous passâmes sans encombre devant les gardes suisses dignement vêtus de casaques rouges et de culottes blanches. L’embarras nous vint lorsqu’il nous fallut traverser la bourdonnante foule entassée dans la cour intérieure du quadrilatère constitué par les bâtiments du Louvre. Valets, soldats et commis se hâtaient vers les régions de leur service, bousculant au passage les courtisans dont les extravagants panaches multicolores marquaient les soubresauts de leurs dandinements. Il nous fallut une première demi-heure pour atteindre un gigantesque escalier au centre de l’aile occidentale. La rumeur des gens s’y étant engouffrés était telle que je ne pus comprendre la remarque de mon père.

— Vous dites, père ? J’ai du mal à vous entendre.

— L’escalier d’Henri II, répéta-t-il se penchant vers moi. Nous devons nous y faufiler.

Des grappes de raisin sculptées dans le marbre couraient tout au long de la voûte richement ouvragée de parures dorées.

Nicole Fyfe-Martel, Hélène de Champlain 1. Manchon et dentelle, Éditions Hurtubise, 2003.

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À l’ombre du clocher 1. Les années folles

Au village de Saint-Jacques-de-la-Rive, la soirée de la veille de Noël était sûrement la seule de l’année où il régnait une telle activité. Dès dix heures, les membres de la chorale s’étaient engouffrés dans l’église pour une dernière répétition. Une demi-douzaine de paroissiens les avaient suivis pour aller se confesser au curé Lussier. Déjà, des berlots, des sleighs, de gros traîneaux et quelques catherines étaient garés devant le temple. Quelques conducteurs avaient eu la sagesse de s’entendre au préalable avec des amis, des parents ou des connaissances vivant au village pour abriter leur cheval dans leur écurie, le temps de la cérémonie. Ils revenaient lentement à pied sur la route, se rangeant prudemment le long du banc de neige quand ils entendaient les grelots d’une sleigh qui approchait.

À onze heures et demie, il ne restait plus une place assise libre dans l’église. Les bancs avaient été pris d’assaut par leurs locataires et leurs invités avaient tant bien que mal trouvé des places ailleurs. Déjà, les marguilliers, chargés de trouver des sièges aux fidèles demeurés debout à l’arrière, ne savaient où donner de la tête et patrouillaient sans cesse chacune des trois allées, à la recherche de places libres.

Quand le curé Lussier pénétra dans le choeur, encadré par ses deux servants de messe, la chorale entonna le chant d’entrée avec une force qui fit vibrer les vitraux. À l’arrière de l’église, une trentaine d’hommes se tenaient debout. Certains d’entre eux avaient cédé leur place assise à des femmes, poussés autant par esprit de galanterie que par le secret désir de s’esquiver à l’extérieur durant le sermon de leur pasteur pour fumer ou boire un coup.

Michel David, À l’ombre du clocher 1. Les années folles, Éditions Hurtubise, 2006.

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Les Templiers du Nouveau Monde

Le chevalier Raimon vint rejoindre Guillabert. À les voir côte à côte, grands et blonds comme des Normands, on aurait facilement pu les croire cousins. Leur âge similaire avait estompé l’antipathie mutuelle de leur première rencontre.

— Beauséant, mon frère, l’aborda gaiement le moine chevalier. Pas trop fatigué, ce matin ?

Guillabert fronça les sourcils. Bien qu’il ne soit devenu qu’un simple affilié des Templiers, ceux-ci l’appelaient « frère » au même titre que s’il était un des leurs. Il parvenait mal à s’habituer à la singulière familiarité, mais se tut de peur d’indisposer Raimon. Conformément à leur doctrine égalitaire et ascétique, celle-là même qui avait provoqué la haine de l’Église catholique et la croisade des Albigeois deux siècles plus tôt, ces Templiers disciples des Cathares devaient respecter des règles strictes, basées elles-mêmes sur celles de la primitive Église du Christ. Ils s’appelaient donc entre eux frères et soeurs, faisaient le voeu de chasteté, soignaient les malades, s’appliquaient à se servir et à se consoler les uns les autres. Les chevaliers avaient adhéré à cette doctrine après leur expulsion de Jérusalem, mais avaient pourtant été considérés par le pape Innocent III comme de purs hérétiques.

— Si l’amiral maintient ce rythme de croisière, notre traversée prendra trente jours tout au plus, s’égaya Raimon.

— En effet, cette mer d’huile me paraît bien douce si on la compare aux vagues brisantes de la Méditerranée.

— C’est que vous ne la connaissez pas par gros temps et dans ses mauvais jours. Avez-vous beaucoup voyagé ?

— J’ai pu visiter la France et l’Espagne, mais sans jamais affronter les mers du Nord. On dit qu’elles sont terribles.

Sylvie Brien, Les Templiers du Nouveau Monde, Éditions Hurtubise, 2006.

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