Dictées en ligne - Rédiger sans fautes !

Rédiger sans fautes 3
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Dictées d'évaluation

  • Dictée 1 | Orthographe lexicale et grammaticale

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  • Dictée 2 | Accords et conjugaison

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Dictées de réinvestissement

  • Dictée 1 | Orthographe lexicale

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  • Dictée 2 | Orthographe grammaticale

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  • Dictée 3 | Accords en genre et en nombre

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  • Dictée 4 | Conjugaison et accord des verbes

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  • Dictée 5 | Les Portes de Québec 1. Faubourg Saint-Roch 1

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  • Dictée 6 | Clark et les autres 1

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  • Dictée 7 | Entretiens avec cinq écrivains 1

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  • Dictée 8 | Les Portes de Québec 1. Faubourg Saint-Roch 2

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  • Dictée 9 | La grosse femme d’à côté est enceinte

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  • Dictée 10 | Bonheur d'occasion

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  • Dictée 11 | Spleen de printemps

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  • Dictée 12 | Clark et les autres 2

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  • Dictée 13 | Entretiens avec cinq écrivains 2

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Orthographe lexicale et grammaticale

Catherine était angoissée du soir au matin depuis plusieurs jours. Elle attendait les résultats de son examen et se rongeait les ongles d’anxiété. Quoiqu’elle ait beaucoup étudié, l’obtention de son diplôme semblait lui échapper. On lui avait proposé l’aide d’un professeur particulier, mais elle avait dû décliner l’offre, l’estimant trop coûteuse. Cependant, aujourd’hui, elle s’en voulait : la conjoncture n’était pas bonne. Catherine n’ignorait pas qu’en cas d’échec, elle perdrait son allocation de rentrée et devrait reprendre cet emploi si peu excitant qu’elle avait quitté un an plus tôt. Cette perspective ne la ravissait guère, mais elle devrait l’accepter telle quelle.

Lorsque les résultats furent affichés, Catherine, manquant de courage, demanda à une amie d’aller vérifier à sa place si elle était admise. Ne la voyant pas réapparaître à la fin de la matinée, Catherine se perdit en conjectures. La quasi-totalité de la journée passa sans qu’elle revienne et elle se persuada que cela n’était pas de bon augure. Folle d’inquiétude, elle se rendit à l’école et interrogea les camarades de classe qu’elle rencontra. Soudain, elle aperçut son amie qui plaisantait avec une professeure. Catherine se jeta sur elle telle une tigresse, lui reprochant de n’avoir pas tenu parole. Son amie lui rétorqua qu’elle ne voulait pas cautionner son manque de courage et qu’elle n’avait qu’à aller voir les résultats elle-même, quels qu’ils fussent.

Extrêmement vexée, Catherine se résigna à affronter la réalité. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle apprit qu’elle était reçue ! Elle embrassa son amie et promit, à l’avenir, de faire montre de davantage de courage.

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© 2010 Marcel Didier inc. – Reproduction interdite

 

 

Accords et conjugaison

En Allemagne, on ne plaisante pas avec le code de la route. Une pauvre chevrette vient d’en faire les frais.

La petite, lassée d’être enfermée, avait décidé de prendre la poudre d’escampette. Un beau matin, alors que sa propriétaire était allée acheter des spaghettis et des sandwichs en ville, la petite chèvre avait rompu la corde qui la liait à un pieu et s’était enfuie par la porte, restée ouverte par inadvertance. Une fois dehors, la chevrette fut effrayée par le terrible vacarme qui régnait dans la rue. Affolée, elle tenta de rentrer à la maison, mais malheureusement, la porte s’était refermée sur elle et la pauvrette se trouvait coincée dehors. En fâcheuse posture, elle suivit son instinct et fila vers le zoo qui se trouvait à quelques rues de là. Mais à peine eut-elle mis une patte sur l’asphalte que d’affreuses autos vrombissantes la rabrouèrent par de stridents coups de klaxon. Elle bêla de terreur, mais rien n’y fit : aucun automobiliste ne lui vint en aide et certains appelèrent même la police.

Lorsque la police arriva, la malheureuse fut enchaînée et placée dans une cellule en compagnie de quelques individus ivres morts attendant qu’une bonne âme vienne les chercher. Sa propriétaire dut payer des montants non négligeables pour sa libération. Sur le procès-verbal, des policiers inscrivirent que l’animal sentait très mauvais.

D’aucuns disent qu’il vaut mieux, pour une chevrette, se retrouver quelques heures derrière les barreaux que de finir, comme sa célèbre ancêtre, dévorée par un loup.

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Orthographe lexicale

Un petit chat a été découvert les pattes collées à l’asphalte de l’autoroute. Un couple d’Américains qui traversait le Minnesota pour les fêtes de Noël fut intrigué par la petite bête et s’arrêta pour lui porter secours. Le chaton était bien vivant et miaulait faiblement. Ses coussinets, restés collés sur le bitume, l’empêchaient d’avancer. Le couple appela un vétérinaire afin de sauver l’animal.

L’opération fut délicate. En effet, la colle du revêtement autoroutier avait fortement adhéré aux frêles pattes du chat. Celles-ci portaient de profondes brûlures qui mettront longtemps à cicatriser. Durant sa convalescence, le chaton sera placé dans une famille d’accueil en attendant que de gentils maîtres viennent l’adopter. Ses sauveurs l’ont nommé Timothy.

La société protectrice des animaux n’est pas surprise par le cas de Timothy. Chaque jour, le personnel de l’organisme doit faire face à de nouveaux cas, plus désespérés les uns que les autres. La directrice demande régulièrement de l’aide à la population afin de subvenir aux besoins de tous ses petits pensionnaires qui attendent, enfermés dans leur cage. Depuis que le cas de Timothy a été rendu public, de nombreuses personnes ont appelé pour adopter le petit félin. Mais si Timothy trouve une famille, il ne faut pas oublier tous ses congénères qui vivent des situations similaires sans avoir la chance d’être recueillis.

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Orthographe grammaticale

À quoi pensait-elle ? À quoi pouvait penser cette pauvre femme perdue au milieu de l’océan par une nuit froide d’avril ? L’écume de mer retombait par intermittence sur ses pieds nus et brûlait les plaies de sa peau. Elle ne sentait plus la douleur. Son corps s’était résigné.

Des hommes noirs qui l’entouraient et dont elle ignorait tout ne prêtaient pas attention à sa présence, perdus, eux aussi dans leurs sombres pensées. Fallait-il être désespéré pour accepter de traverser l’Atlantique de nuit ! Tout quitter pour rien d’autre que le seul espoir que ce qui vous attend sera peut-être moins pire que ce que vous connaissez déjà. Manda regardait droit devant elle sans prendre conscience que le passeur s’était brusquement relevé.

« Couchez-vous ! », hurla-t-il. Tous obtempérèrent sans broncher, terrorisés par la menace qui venait de surgir dans la nuit. Une lumière aveuglante éclaira la barque. Les clandestins se tapirent plus profondément encore sous les toiles déchirées en gémissant des prières. Manda ne voulait pas se faire prendre si près du but. Elle savait d’instinct qu’elle ne se trouvait qu’à quelques kilomètres de la côte espagnole. Un moteur puissant, certainement celui des gardes-côtes, fonçait sur eux et la barque tangua dangereusement sous les violents remous. « Non !, pensa-t-elle. Je ne retournerai pas au pays. Pas après avoir vécu tout ça. »

Sans hésiter, elle releva la toile de plastique qui la recouvrait maladroitement et se jeta hors de l’embarcation. Les hommes blasphémèrent. L’un tenta de la retenir par sa jupe en lambeaux. Trop tard ! La mer glacée et profonde venait de la recouvrir entièrement.

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Accords en genre et en nombre

Quoi que nous fassions, il est presque impossible d’échapper à la folie commerciale du temps des fêtes. Chaque année, les magasins nous proposent davantage d’offres alléchantes qui font gémir notre banquier, sans toutefois que nous nous sentions davantage épanouis. L’année dernière, mon voisin a dû vendre sa voiture pour rembourser ses dettes de Noël. Du jamais vu dans notre quartier ! Il est difficile de résister à l’appel des étiquettes qui nous font de l’oeil derrière chaque vitrine : moins cinquante, moins soixante pour cent, aucuns frais ! Mais, d’avantage en avantage, on finit avec des déficits impossibles à rembourser.

Cela risque de devenir monnaie courante quoique des organismes communautaires, alertés par le taux d’endettement des ménages, tentent maintenant de mettre en place des mesures de précaution. Il s’agit d’éduquer à la consommation responsable, surtout en temps de crise.

Mais comment s’éduquer à consommer de manière plus responsable ? L’Office de la protection du consommateur vient de publier un plan quadriennal afin de sensibiliser les consommateurs. On y prévoit une offre de service personnalisée pour répondre aux cas particuliers, la diffusion d’information générale destinée au grand public ainsi que l’élaboration de contenu informatif adapté à la situation et aux besoins particuliers des jeunes, des aînés et des immigrants récemment arrivés au pays.

Espérons que de telles mesures aideront les consommateurs à passer de belles fêtes sans rien regretter de leurs cadeaux.

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Conjugaison et accord des verbes

À l’attention de Madame Suzanne Tremblay

 

Bonjour,

 

Sur les conseils de Michel Desjardins, responsable de département, j’ai le plaisir de vous faire parvenir ma candidature au poste de chargée de cours au sein de votre département. Je crois posséder les compétences nécessaires pour occuper ce poste.

J’ai beaucoup lu sur Sciencix inc. et sur les recherches menées par cette organisation dans le domaine des greffes de moelle osseuse. J’aimerais beaucoup travailler pour un laboratoire universitaire ayant pour principal objectif de demeurer à la fine pointe de la recherche biotechnologique et du développement dans ce domaine.

Comme vous pourrez le constater à la lecture de mon curriculum vitae, j’ai obtenu un doctorat en biochimie et j’ai travaillé pendant cinq ans pour le laboratoire de l’université de Laval. Durant cette période, j’ai également donné des cours à des étudiants inscrits à la maîtrise en biochimie, et j’ai souvent procédé à des expériences in vivo sous la direction du professeur Turcotte.

Je serais ravie de discuter avec vous de mes compétences particulières. Si je n’ai pas eu de vos nouvelles avant le quinze février, je vous rappellerai pour donner suite à ma demande. Entre-temps, je demeure à votre disposition pour tout autre renseignement que vous jugeriez utile de connaître.

Je vous remercie de prendre la peine d’examiner ma candidature.

Recevez, Madame Tremblay, mes salutations distinguées.

 

Marie Ouellet

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Les Portes de Québec 1. Faubourg Saint-Roch 1

« La préceptrice tourna les talons pour regagner le grenier, où attendaient ses élèves. Le vicaire s’arrêta devant la porte de la malade, la cuisinière frappa deux petits coups, puis ouvrit tout de suite sans attendre la réponse.

Alice Picard se tenait bien droite dans son fauteuil habituel. Pour la visite de son pasteur, elle faisait toujours l’effort de revêtir un corsage boutonné jusqu’au cou par-dessus sa chemise de nuit. Quelle que soit la température ambiante, elle entourait une couverture autour de son corps, qui la couvrait de la taille aux pieds.

— Madame, vous paraissez rayonnante…

— C’est la joie de recevoir la sainte communion !

D’un coup d’oeil, elle signifia à Joséphine de se retirer. Ces visites commençaient toujours par une confession et se poursuivaient avec une conversation sur un quelconque sujet susceptible de servir à l’élévation de l’âme de la paroissienne. La communion précédait ensuite le départ du prêtre.

Alors que celui-ci plaçait une étole autour de son cou, la cuisinière ferma soigneusement la porte derrière elle. »

Jean-Pierre Charland, Les Portes de Québec 1. Faubourg Saint-Roch, Éditions Hurtubise HMH, 2007.

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Clark et les autres 1

« J’attendis sagement en écoutant la fin de l’émission à la radio, même si je détestais le country, sauf Neil Young, peut-être, de temps en temps ; mais lui c’est un cas à part.

Pour faire plus véridique (j’ai quelquefois une logique bizarre), je me mis à tapoter le tableau de bord de mes doigts, comme pour suivre le rythme endormant de la musique, la petite voix nasillarde du chanteur. Après un bon moment de ce petit jeu, lassé, je regardai à ma gauche et vis un taxi gris s’approcher par derrière puis s’arrêter à mes côtés, très près, tout collé. Le chauffeur me fixa longuement dans les yeux, intensément, sans rien dire. Je commençai à sentir la pression monter et la moutarde se diriger vers mon nez : si ce type ne déguerpissait pas dans les cinq prochaines secondes, j’allais faire un malheur, ça oui, une véritable hécatombe, et juste devant chez Bertha qui ne s’en remettrait jamais.

C’est ce qui me calma.

J’aimais trop Bertha pour lui causer des désagréments.

Je fis le même petit sourire en coin que j’avais fait à Clark quelques minutes plus tôt, puis je saluai le chauffeur de la tête. Le taxi repartit comme il était venu. »

Stéphane Bertrand, Clark et les autres, Éditions Hurtubise HMH, 2007.

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Entretiens avec cinq écrivains 1

« C’était en avril 1999. Je m’en souviens très bien parce que ce soir-là j’étais chez moi à vérifier, comme toute la planète d’ailleurs, si mon ordinateur pouvait franchir cette fameuse frontière du millénaire sans me sauter en plein visage. C’est fou comme on nous a fait peur avec cette histoire. Enfin. C’est du passé…

Ce que je voulais dire, c’est que ce soir-là, pendant que je travaillais, et que je commençais à m’énerver un peu de ne pas m’en sortir avec cette quincaillerie informatique, figurez-vous que j’ai vu apparaître dans mon carnet d’adresses ce qui avait tout l’air d’être l’adresse de… Karl Marx. Je ne sais pas comment elle est tombée là, cette adresse, dans mon propre ordinateur, mais puisqu’elle était là, et que j’étais fatigué, et que j’en avais marre, j’ai voulu m’amuser un peu et j’ai décidé de lui poster un courriel à ce monsieur Marx. Comme ça, pour voir.

Le choc, vous pouvez imaginer, c’est que Karl Marx m’a répondu. Bien sûr, j’ai d’abord pensé que quelqu’un me faisait une farce. Mais comme disait Descartes, pour qu’il me fasse une farce, il fallait bien qu’il existe ! Car en plus de répondre comme seul Marx l’eût fait, ce monsieur me répondait dans un style qui ne laissait aucun doute quant à son authenticité. C’était Karl Marx, véritablement Karl Marx, et il m’écrivait de Londres où il n’était pas persona non grata. Son message était daté de l’année 1880. »

Sinclair Dumontais, Entretiens avec cinq écrivains, Éditions Hurtubise HMH, 2004.

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Les Portes de Québec 1. Faubourg Saint-Roch 2

« Septembre 1898 offrait encore de belles journées. Des estrades avaient été montées sur la terrasse Dufferin afin d’offrir des places assises à une centaine de notables. Quatre ou cinq fois plus de personnes se tenaient debout entre les murs du Château Frontenac et la balustrade de fonte donnant sur la Basse-Ville.

— Il y a maintenant deux cent quatre-vingt-dix ans, Samuel de Champlain fondait un poste de traite au pied de cette falaise, expliquait Wilfrid Laurier de sa voix forte. Son Habitation pouvait tout au plus abriter quelques dizaines de personnes de la menace des tribus hostiles. Regardez où nous en sommes aujourd’hui !

D’un geste ample, le politicien entendait désigner les soixante mille habitants de Québec. Son chapeau haut-de-forme tenu de son bras gauche, il célébra pendant quelques minutes les réalisations des Canadiens français au cours des derniers siècles. Tout de suite après lui, vêtu de pourpre et une chasuble brodée de fils d’or chatoyant sous le soleil sur les épaules, monseigneur Louis-Nazaire Bégin s’efforça de démontrer qu’aucune de ces réalisations n’aurait été possible sans la constante protection de la divine Providence, et la présence d’un clergé des plus dévoué. »

Jean-Pierre Charland, Les Portes de Québec 1. Faubourg Saint-Roch, Éditions Hurtubise HMH, 2007.

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La grosse femme d’à côté est enceinte

« Édouard et Thérèse s’étaient levés en même temps. Leurs chambres se faisaient face, aussi étaient-ils tombés nez à nez en ouvrant leur porte. “Vous vous levez ben de bonne heure, à matin, mon oncle Édouard ? C’est pourtant samedi !” “Les envies de pipi ont pas de jours, ma p’tite fille !” Ils avaient tous deux couru jusqu’à la salle de bains qui se trouvait tout à fait à l’arrière de la maison, après la salle à manger et la cuisine. Thérèse était arrivée la première mais elle avait cédé la place au frère de sa mère. Marcel, le frère de Thérèse, tellement petit pour ses quatre ans qu’on lui en donnait à peine deux et demi ou trois, avait entendu la course et lorsque Thérèse et Édouard étaient passés près de lui il avait zézayé un timide bonjour mais les deux coureurs ne l’avaient pas entendu. Marcel couchait dans la salle à manger dans un lit qu’on déguisait le jour en sofa, beaucoup trop grand pour lui et qu’il détestait. Il était donc témoin de toutes les allées et venues de la maison et Dieu sait s’il y en avait. »

Michel Tremblay, La grosse femme d’à côté est enceinte, Thésaurus.

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Bonheur d’occasion

« Il remarqua le tressaillement de ses mains, frêles comme celles d’un enfant ; il vit les clavicules se découper dans l’échancrure du corsage.

Au bout d’un moment, elle se laissa aller devant lui à se reposer sur une hanche, cachant son énervement sous une expression boudeuse, mais il ne la voyait plus telle qu’elle était là, de l’autre côté du comptoir. Il la voyait parée, prête à sortir le soir, avec beaucoup de fard pour couvrir la pâleur de ses joues, des bijoux cliquetant sur toute sa maigre personne, un petit chapeau ridicule, peut-être même une voilette derrière laquelle ses yeux avivés de khôl brilleraient : une jeune fille drôlement attifée, volage et toute tourmentée déjà par le désir de lui plaire. Et ce fut en lui comme une poussée de vent destructeur.

— Tu viendras aux vues avec moi ce soir ?

Il sentit qu’elle hésitait. Sans doute son invitation, s’il prenait la peine de lui donner une tournure plus aimable, trouverait-elle la jeune fille consentante. Mais justement, il la voulait ainsi, puisqu’il la lui présentait dure et directe, comme s’il ne désirait pas qu’elle acceptât.

— Alors, c’est entendu, fit-il… Apporte-moi donc maintenant votre fameux spécial.

Puis il tira un bouquin de la poche de son pardessus qu’il avait jeté sur une chaise près de lui, l’ouvrit et s’absorba immédiatement. »

© Fonds Gabrielle Roy
Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, Éditions du Boréal, 2009.

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Spleen de printemps

« Avril brode aux buissons des robes de printemps
Et met aux boutons d’or leurs blanches collerettes,
La mouche d’eau sous l’oeil paisible des rainettes
Patine en zigzags fous aux moires des étangs.
Des canotiers déjà braillent dans les guinguettes.
— Dans mon coeur souffle encor l’hiver et ses autans.

Aux baisers du soleil le bourgeon luisant crève
En calice enivré de rosée et de sève
Où se fourrent l’abeille et les frelons goulus.
Des nids chantent au coeur des vieux troncs vermoulus.
Partout, du renouveau le murmure s’élève.
— Seul mon coeur desséché ne refleurira plus. […]

Et la main dans la main, avec des mines mièvres,
Par les jardins publics les couples d’amoureux
Roucoulent vers l’azur des duos langoureux.
out aime, tout convie aux amoureuses fièvres,
Tout rit, tout est content de vivre sous les cieux.
— Seul, j’erre à travers tout, le dégoût sur les lèvres. »

Jules Laforgue, Le Spleen de printemps, 20 mai 1880.

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Clark et les autres 2

« Les deux types avaient sursauté et s’étaient retrouvés debout face à Yvon. Ils s’étaient même éloignés l’un de l’autre comme pour tendre un piège. Mais les petites stratégies de chasse des hyènes, Yvon n’en avait rien à branler : il fonça sur celui des deux gars qui lui sembla le plus dangereux, c’est-à-dire Patof.

Bertha se mit à l’écart en criant : fais attention, Yvon, ils ont un bâton !

Mais il était déjà trop tard : au moment où Yvon agrippait le collet de Patof pour lui faire ravaler ses dentiers, comme on dit, le maigrichon passa derrière en renversant une chaise, brandit haut son bat de baseball, prit son élan comme à la belle époque de Gary Carter et frappa la tête d’Yvon sur le côté gauche, tout près de la tempe. Bizarrement, Yvon eut le temps de se retourner et de dire : “Mon p’tit tabarnak, toé !” avant de s’écrouler au merveilleux pays d’Alice.

Ensuite, c’est confus, Bertha n’était plus certaine. Elle se souvenait de s’être précipitée vers Yvon pour l’aider, mais Patof, assez violemment, l’avait repoussée en lui ordonnant de rester tranquille. Il avait dit quelque chose au maigrichon, du genre il faut trouver de la corde pour l’attacher. Le maigrichon avait sorti un poignard de sa ceinture et appuyé la lame contre la gorge d’Yvon, inconscient, en disant qu’il connaissait un moyen plus radical pour le mettre hors d’état de nuire. Alors Patof avait dit au maigrichon, mais en regardant Bertha, qu’ils n’étaient pas venus ici pour faire du grabuge, qu’ils étaient des “pacifismes” et que personne dans cette histoire n’allait mourir égorgé, d’accord ? »

Stéphane Bertrand, Clark et les autres, Éditions Hurtubise HMH, 2007.

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Entretiens avec cinq écrivains 2

« Simone,

Votre générosité, tout au long de cette entrevue, nous aura permis de vous apprécier davantage. Je vous en remercie très sincèrement.

Pour les fins de ce recueil, je dois maintenant me tourner vers monsieur Sacha Guitry. Je passerai donc de la féministe au misogyne, si je puis dire. Quel contraste !

Puis-je vous demander un mot sur ce bien curieux personnage ?

Au plaisir de vous lire une dernière fois,

Sinclair

Cher Sinclair,

Mes adieux n’étaient pas définitifs, donc ! Je préfère cela ainsi, je n’ai jamais aimé les adieux. Mais revenir dire un mot sur Sacha Guitry ! Décidément, vous ne m’épargnez pas ! Séjourner dans un recueil entre Céline et Guitry, c’est diablement cocasse ! Attendez que je dise ça à Sartre, ça lui redonnera le sourire ! Que pourrais-je vous dire sur ce sacré Guitry, qui dit “Je suis contre les femmes, tout contre” ? Dites-lui de ma part qu’au nombre de femmes qu’il a eues dans sa vie, en plus d’être misogyne, il devait être légèrement masochiste !

Simone de Beauvoir »

Sinclair Dumontais, Entretiens avec cinq écrivains, Éditions Hurtubise HMH, 2004.

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